Voici ce qui se dit des génériques dans l’actualité

Le 15 juin France Soir publie un article qui s’attaque clairement aux médicaments génériques et aux pharmaciens.

Comment dégrader la confiance que porte le patient aux médicaments génériques ? Comment faire passer le pharmacien pour le mauvais bougre ? Voici la réponse en quelques lignes ! !

Les médicaments génériques pas si fiables

Les génériques ne sont pas identiques aux médicaments d’origine. Molécule à moindre coût, excipients différents, rien n’est vraiment pareil. Et les effets non plus. Des médecins donnent l’alerte.

« Soyons optimistes : la médecine a découvert beaucoup plus de remèdes qu’il n’y a de maux ! » Alfred Capus, ce dramaturge français de la fin du XIXe siècle, s’est montré visionnaire : un siècle plus tard, le marché français compte environ 4.000 médicaments et plus de 3.000 génériques, les uns et les autres abondamment prescrits. Résultat, les dépenses de santé explosent. Notre pays est le plus gros consommateur européen de médicaments, mais le plus mal placé en matière de génériques, pourtant avancés comme une solution. Selon le Leem (ex-Syndicat national de l’industrie pharmaceutique), ils représentent 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires (2009), soit 26 % seulement du marché remboursable. Résistance des médecins, résistance des patients. Si ces derniers semblent plébisciter à 88 % l’existence des génériques (*), ils ne sont plus que 52 % à déclarer les accepter sans problème lorsque le pharmacien les leur propose. Et 4 personnes sur 10 les préfèrent pour les traitements de courte durée. Méfiance donc.

Certes, il est urgent de réduire les dépenses de santé afin de préserver le système d’assurance maladie. Et de ce point de vue, les médicaments génériques, de 40 à 70 % moins chers pour un produit présenté comme équivalent, constituent une réelle avancée et permettent de substantielles économies : presque 2 milliards en 2010. Mais ne s’agit-il pas là d’un bénéfice à court terme, contrebalancé par de nombreux inconvénients, voire quelques dangers pour les malades ? Les génériques, surtout, sont-ils si « semblables » au médicament d’origine qu’on le pense ? En réalité, le Code de santé publique encadre très peu les laboratoires fabriquant des génériques. Pour le Dr Sauveur Boukris, médecin généraliste auteur deSanté, la démolition programmée (éd. Le Cherche Midi), la question est déjà tranchée : « On privilégie l’intérêt économique sur l’intérêt sanitaire. »

(*) Enquête de l’observatoire des patients-Biogaran-BVA, 2008.

Un médicament différent

Les pharmaciens le serinent régulièrement, rassurants : « Mais bien sûr que le générique c’est la même chose que le médicament d’origine ! » Et chacun de repartir, plus ou moins tranquillisé, avec ses boîtes aux noms compliqués. D’autant plus que le Code de la santé publique (CSP), relayé par le Pr Lechat, directeur de l’évaluation des médicaments à l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire) l’affirme de façon plus docte : « Un générique présente la même composition qualitative et quantitative en substances actives. » Ce que l’on sait moins, c’est que le texte tolère une variation de concentration du principe actif dans le corps de – 20 % à + 25 %. « Le Code considère cela comme équivalent, mais c’est faux ! » s’indigne le Dr Julien Blain, parti en croisade depuis 2008 contre les génériques, après qu’une de ses patientes a manqué perdre la vie à cause d’une hémorragie gravissime de l’estomac. « Elle prenait du Ticlid depuis des années, un fluidifiant pour le sang, mais qui peut attaquer sévèrement l’estomac, se souvient le généraliste. Je l’associais à un protecteur gastrique très efficace, le Mopral. Le générique donné par le pharmacien, moins concentré, ne l’a pas protégée suffisamment. » Autrement dit, 20 % de marge peuvent suffire à engendrer de graves complications. Les exemples ne manquent pas : la Ligue française contre l’épilepsie a fait un communiqué il y a trois ans pour avertir les malades que les dosages modifiés des génériques de la Dépakine chrono 500 (sel de sodium d’acide valproïque) pouvaient entraîner une déstabilisation. Le Levothyrox et ses génériques (thyroxine), contre l’hypothyroïdie, sont actuellement sous surveillance de l’Afssaps à cause des problèmes posés par le passage de l’un aux autres. Et certains médecins constatent que les génériques du Plavix (clorpridogel), notamment, donnent de fréquentes allergies.

Des effets secondaires plus fréquents

Si un princeps reçoit son autorisation de mise sur le marché (AMM) après de nombreuses études cliniques menées sur plusieurs années et de larges populations de patients, il n’en va pas de même au pays des génériques : « Le générique étant équivalent au princeps (médicament d’origine), nous ne le soumettons pas à la même réglementation, puisque son principe actif a déjà fait ses preuves », explique le Pr Lechat, avant de détailler le « protocole standard » : une trentaine de patients non malades absorbent le princeps une fois, puis le générique une fois, et les experts observent l’équivalence entre les deux. « C’est insuffisant, déplore le Dr Sauveur Boukris. Comment voulez-vous juger d’un médicament en une seule prise ! Et on ne parle jamais des excipients (ce qui donne la texture, le goût et la couleur). Ils ne sont soumis à aucun test, aucune étude clinique, et pourtant on constate de nombreuses réactions cutanées, ou des problèmes digestifs avec plusieurs génériques. » Une information confirmée par Marie-Christine Pérault-Pochat, présidente de l’Association des centres régionaux de pharmacovigilance : « Nous avons pas mal de remontées d’effets indésirables, mais c’est le plus souvent bénin. » Bénin comme cet exemple cité par le Dr Blain à propos du générique du bain de bouche Eludril (chlorhexidine) qui fait… les dents marron !

Des laboratoires low cost

Matière première à moindre coût, venue de Chine ou d’Inde, quitte à contenir quelques impuretés. Structures légères, entre 250 et 300 salariés. Marketing directement adressé aux pharmaciens, beaucoup plus économique que les armadas de visiteurs médicaux lancés à l’assaut des médecins pour vendre un nouveau médicament. Excipients bas de gamme. Les fabricants de génériques serrent les coûts pour absorber la baisse des prix de 40 % minimum par rapport au princeps imposée par le Comité économique des produits de santé (CEPS). D’autant plus qu’au bout d’un an et demi de commercialisation du générique, le prix du princeps baissera de 12,5 % et celui de ses génériques de 7 %.

Pour produire à bas coût, les labos ont un siège social en Europe et délocalisent les usines en Hongrie, au Pakistan ou en Asie. Plus difficilement contrôlables. Le Pr Lechat, de l’Afssaps, s’en défend : « Nous effectuons des vérifications régulières et systématiques. En 2009, il y a eu 44 inspections dans le monde entier d’usines de génériques, et nous avons contrôlé 146 produits. » 146 sur plus de 3.000.

Des médecins mal informés

« Il n’existe aucun dictionnaire des génériques ! reproche le Dr Blain. Au début, je n’y connaissais rien. Je faisais confiance aux pharmaciens. Et quand mes patients me parlaient d’effets indésirables, je mettais ça sur le compte de l’effet “nocebo”, c’est à dire une réaction psychologique de méfiance contre un médicament dont ils n’ont pas l’habitude. »

En effet, rien dans le Vidal, la bible des médecins qui contient toutes les notices des médicaments. Pas d’édition spéciale pour les génériques. Pas de visiteurs médicaux. « D’autant plus qu’il apparaît de nouveaux génériques presque chaque jour », conlut le Dr Blain.

Des pharmaciens qui les imposent

Le médecin n’est plus maître chez lui. C’est le pharmacien qui décide de donner un générique, sans en référer au prescripteur. Et ce depuis 1999. Face à l’urgence du déficit de la Sécurité sociale, et aux difficultés rencontrées pour faire entrer le générique dans les habitudes des Français, dès la fin des années 1990, l’Etat prend des mesures destinées à le favoriser. D’abord ce droit de substitution accordé aux pharmaciens, qui peuvent désormais remplacer le produit de référence prescrit par un générique. Mais la mesure ne suffit pas. Les patients se font tirer l’oreille. Car ils gardent tout de même le droit d’exiger le princeps. En 2002, un avenant prévoit que les pharmaciens doivent refuser le tiers payant à tout malade qui réclamera le princeps. Il lui faudra demander le remboursement ensuite. Sauf si son médecin a spécifié sur l’ordonnance, à la main et en toutes lettres, la mention « non substituable » en face du médicament concerné. « Je l’ai écrite jusqu’à 15 fois, mon record, sur la même ordonnance ! » rigole le Dr Blain.

Afin de motiver des officines peu enclines à vendre des produits qui leur rapportent moins puisque moins chers, l’Etat incite financièrement les pharmaciens à promouvoir les génériques en leur accordant des marges calculées sur le prix du princeps. Et comme si cela ne suffisait pas, les avantages commerciaux offerts par les fournisseurs sont plafonnés par la Sécu à 12,74 % pour les génériques, contre 2,5 % pour les princeps.

Difficile pour le patient ignorant et peu sûr de lui de résister à la pression. Pourtant, les médecins déplorent ces offensives qui leur retirent le contrôle des traitements : « Et si un patient est allergique à un excipient, comment le pharmacien le saura-t-il ? » s’inquiète, à juste titre, le Dr Boukris.

Médicaments génériques : « C’est un vrai problème »

Dr Sauveur Boukris, médecin généraliste, auteur de Santé, la démolition programmée (éd. Le Cherche Midi)

FRANCE-SOIR Les génériques présentent-ils des problèmes concrets ?

SAUVEUR BOUKRIS Oui, En cas d’urgence, par exemple, un patient doit pouvoir donner le nom des traitements qu’il prend sans avoir à chercher la boîte ou l’ordonnance. Soit parce qu’un urgentiste a besoin de le lui administrer immédiatement, soit parce qu’il a besoin d’évaluer d’éventuelles interactions avant de prescrire autre chose. Or le nom des génériques reprend le nom scientifique des molécules, accolé à celui du laboratoire. C’est impossible à mémoriser pour un patient non formé.

F.-S. Un patient adhère-t-il aussi bien à un traitement générique qu’à son traitement d’origine ?

S. B. Bien sûr que non, et c’est un vrai problème, notamment pour les traitements au long cours : hypertension artérielle, diabète, épilepsie… Le patient doit impérativement le suivre avec le minimum d’efforts. Un goût moins bon, un comprimé trop gros peuvent suffire à démotiver un malade qui doit ingérer des comprimés quotidiennement tout au long de sa vie. Il aura tendance à les oublier plus facilement.

F.-S. Les patients ne s’habituent pas ?

S. B. En fonction des propositions commerciales qu’on leur fait, les pharmaciens changent régulièrement de produits génériques pour un même traitement. Certes, le nom reste le même, seule la signature du laboratoire change, mais la boîte et surtout la présentation (gélule ou comprimé, effervescent ou sécable…) sont différentes. Le patient est perdu, surtout les personnes âgées. Elles ne reconnaissent pas leur remède. Certaines confondent leurs pilules, d’autres doublent leur traitement croyant qu’il s’agit d’un médicament supplémentaire, puisqu’il est différent d’aspect. Un surdosage peut être grave quand il s’agit d’un produit qui a des effets cardiaques, notamment.

Auteur

  • DOURIEZ

    Il est consternant de lire de tels articles. Par ex, prescrire de la ticlopidine (ticlid) relève en premier lieu de l’incompétence. L’expérience avec la Dépakine, c’était le même médicament dont on a changé le boitage, qui a entraîné des réactions. L’effet psychologique du changement de la couleur de la boîte a fait revenir les crises d’épilepsie. Personne n’évoque la réglementation et les contrôles auxquels sont soumis les laboratoires (identiques entre les princeps et les génériques). Le problème des excipients, ce sont les mêmes que l’on retrouve dans la vie de tous les jours. Il n’existe pas des excipients pour médicaments génériques et des excipients pour médicaments princeps, ce sont les mêmes. De plus, nombre de laboratoires produisent les génériques de leur médicament original. Arrêtez de vous faire peur et ayez un comportement citoyen. Pourquoi lorsqu’un produit est en promotion chez Carrefour, vous l’achetez et que cela est pareil pour un médicament (le générique) cela pose problème?