Corpo Pharma Toulon …? Je ne crois pas non !

L’info nous est remontée de Marseille le 25 Octobre dernier… et nous apprend qu’une nouvelle faculté de pharmacie ouvrirait prochainement ses portes au sein de l’université Toulon-Var.

Sauf que cette potentielle « 25ème » faculté de pharmacie en France n’a à priori rien à voir avec ce que nous connaissons dans nos universités :

  • Premièrement, l’inscription se fait sur dossier, et non sur concours

  • L’inscription est estimée à environ 9500€ l’année

Ces deux premiers points rappellent donc beaucoup plus le fonctionnement des grandes écoles et des écoles privées plus que le système fac.

  • Enfin, il semblerait que la scolarité soit possible suivant deux parcours, une formation longue en 9ans et une plus courte en 6 ans

  • Une formation en odontologie serait également disponible (aux mêmes conditions d’admissions

Tout ceci apparaît comme un pavé dans la marre à l’heure où nos études sont déjà mises à mal par le système PACES. Plusieurs questions nous viennent donc à l’esprit :

  • Quid du numerus clausus ?

  • Les « diplômés » de Toulon pourront ils exercer en France ?

  • Quel sera le niveau de formation en fin de cursus s’il y’a deux parcours ?

Nous avons par la suite appris que, cette formation, est prévue certes, à Toulon, mais prodiguée par l’université privée Fernando Pessoa, basée à… Porto ! (donc le site, en France, serait une « annexe » de l’université portugaise Fernando Pessoa).

L’ANEPF s’est bien entendu rapidement saisi du dossier, et a d’ores et déjà contacté l’Ordre à ce sujet. L’Ordre National des Pharmaciens n’était lui même pas au courant de cette histoire. De même l’ANEPF a fait remonter le dossier en conférence des doyens des facultés de pharmacie.

Le ministère, quant à lui, a été mis au courant par la DGESIP (Direction Générale de l’Enseignement Supérieur et de l’Insertion Professionnelle. La communication reste difficile, même au travers de l’EPSA (European Pharmaceutical Students Association), puisque la faculté privée de Porto n’est pas adhérente à l’association nationale des étudiants en pharmacie du Portugal. Pire encore, l’Université Fernando Pessoa est  décriée au Portugal, si bien qu’elle n’arriverait pas a remplir toutes ses places dans les filières de santé.

Ainsi donc, pour ce qui est de l’exercice de la pharmacie en France, rien n’est sûr au jour d’aujourd’hui, comme en témoignent les textes de lois qui régissent le tout :

 

Article L4221-1 CSP

Nul ne peut exercer la profession de pharmacien s’il n’offre toutes garanties de moralité professionnelle et s’il ne réunit les conditions suivantes :

1° Etre titulaire d’un diplôme, certificat ou autre titre mentionnés aux articles L. 4221-2 à L. 4221-5 ;

2° Etre de nationalité française, citoyen andorran, ressortissant d’un Etat membre de l’Union européenne ou partie à l’accord sur l’Espace économique européen, ou ressortissant d’un pays dans lequel les Français peuvent exercer la pharmacie lorsqu’ils sont titulaires du diplôme qui en ouvre l’exercice aux nationaux de ce pays ;

3° Etre inscrit à l’ordre des pharmaciens.

Les pharmaciens titulaires d’un diplôme, certificat ou autre titre mentionnés à l’article L. 4221-2 sont dispensés de la condition de nationalité prévue au 2°.

Article L4221-4 CSP

Ouvre droit à l’exercice de la profession de pharmacien aux ressortissants d’un Etat membre de l’Union européenne ou d’un autre Etat partie à l’accord sur l’Espace économique européen :

1° Un titre de formation de pharmacien délivré par l’un de ces Etats conformément aux obligations communautaires et figurant sur une liste établie par arrêté des ministres chargés de l’enseignement supérieur et de la santé ;

2° Un titre de formation de pharmacien délivré par l’un de ces Etats conformément aux obligations communautaires, ne figurant pas sur la liste mentionnée au 1°, s’il est accompagné d’une attestation de cet Etat certifiant qu’il sanctionne une formation conforme à ces obligations et qu’il est assimilé, par lui, aux titres de formation figurant sur cette liste.

Tout ceci semble s’inscrire dans le cadre du Processus du Bologne, c’est-à-dire l’harmonisation des niveaux et au développement d’équivalences des diplômes universitaires entre les pays de l’Union Européenne. Si ce processus, au travers entre autre du système d’accréditation en ECTS est déjà bien mis en place dans les licences, les études de santé en restent pour l’instant un peu à part.

Reste en revanche la question de l’inscription à l’Ordre, obligatoire pour exercer. Ce point pourrait être un argument de poids face à ce genre de formation.

Car rien ne dit que ce cas d’école privé soit unique en France. Si l’école de Toulon prévoit 50 personnes par promotion, on peut tout à fait envisager que ces formations se révèlent être un juteux marché et que d’autres écoles ouvrent en France… Ceci, dans l’idée où les étudiants sortant de ces écoles puissent exercer en France, désorganiserait complètement le maillage territorial fort dont notre profession peut se vanter.

L’ANEPF est, au jour d’aujourd’hui, dans l’attente d’une réponse de l’Ordre. Le bureau prévoit également d’avertir les pharmaciens députés. Nous sommes donc un peu dans le flou… Comme dit en début d’article, nous manquons d’informations sur cette école, du fait que nous ne sommes en connaissance du sujet que depuis 5 jours.

Enfin, l’ANEPF n’est pas seule à s’activer, puisque l’UNECD (Union Nationale des Étudiants en Chirurgie Dentaire) et la FNEO (Fédération Nationale des Étudiants en Orthophonie), toutes deux membres de la FAGE (Fédération des Associations Générale Étudiantes), sont concernées.

D’après les derniers retours de l’UNECD, nous savons que pour la filière odontologie, les cours commenceraient dès le mois de Novembre (apparemment il y’aurait assez d’inscrits, ce qui n’est pas le cas pour la filière pharmacie). Se pose toujours la question des stages hospitaliers, indispensable pour la délivrance des diplômes visés.

Ils nous ont permit d’avoir un retour de Mme Deloche, chef de mission des formations de santé à la DGESIP. Il nous est confirmé que, en soit, un pays membre de l’Union Européenne peut avoir des « établissements franchisés » dans d’autres pays de l’UE, pour délivrer des diplômes concernant le pays d’origine. Les conditions de délivrance de tels diplômes sont néanmoins toujours un peu obscures à nos yeux.

Affaire à suivre donc… Nous vous ferons parvenir plus d’informations dès que nous aurons de nouveaux retours.

Auteur

Géo, Secrétaire & délégué ANEPF pour l'ACEPC Corpo Pharma Caen Elu au CA de l'UCBN, pour la Fédération Campus BN.

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  • jord

    bonjour pourquoi peut on pas avoir le diplome de docteur en pharmacie a cluj du fait que c’est un diplome europeen

  • Géo

    Alors, en effet, apparemment les diplômés de Cluj pourrait bien exercer en France. Je suis entrain de rechercher le texte qui le justifie pour remettre l’article à jour. C’est une erreur de ma part, mea culpa.